A peine sensible le vendredi matin, petit à petit un frémissement monte, une tension, l’excitation arrive au cours de la journée. Déjà, des voitures un peu partout garées n’importe comment, mais personne ne dit mots, c’est normal. Certains sont installés depuis le matin avec leur chaise, leur lit de camp, leurs caisses, leurs tables. Tout est prêt pour le samedi 15h, début officiel de la braderie. La fameuse braderie de Lille, ancestrale, historique, 100 kilomètres de bradeux, deux millions de visiteurs, des tonnes de moules-frites ingurgitées, des litres de bières engloutis, tout ça pour une ville d’un peu plus de 200 000 habitants.
Le vendredi, c’est l’installation, mais l’ambiance est déjà là, avec le soleil. Les piétons envahissent la ville, les automobilistes prennent leur temps, tout ce beau monde sourit, les filles sont de sortie, les garçons ont l’œil.
Le samedi, c’est parti ! Tout se vend, du petit commerçant qui expose sa marchandise devant sa boutique au vendeur à la sauvette, de l’étalage de papier toilette à celui des tissus africains, du lillois qui vide son grenier au bouquiniste, à l’antiquaire, on trouve tout à la braderie bien plus qu’à la samaritaine. Ce n’est pas pour rien si c’est la plus grande d’Europe …
Dimanche, minuit, c’est fini. Après 23 heures non-stop de fête, il est temps de remballer, de rentrer, de repartir, de dormir, de cuver … La suite, c’est le service de la ville qui s’en charge : nettoyer, ramasser les déchets, après les odeurs de frites et de bières, c’est une odeur de poubelles et d’eau de javel qui va envahir la ville pendant deux jours.
2 3 heures, 23 heures de fête. Bien sur, il y a aura quelques débordements, des imbibés, des tentés par tous ces étalages, mais la braderie, c’est bien là où se révèle le mieux l’âme du Nord, l’âme de ces gens qui sont avant tout des fêtards dans le meilleur sens du terme, des âmes généreuses à l’état pur. Ces âmes qui ont tant vécu, cette solidarité, cette entraide unique. C’est sans doute leur passé qui les a forgé, un passé où, depuis le Moyen Age, résonne le bruit des métiers à tisser, puis celui des mines, le chant des ouvriers, des immigrés polonais, italiens, portugais, algériens. C’est ça le Nord, un pays où l’on vit, où ce n’est pas toujours facile mais où il y aura toujours quelqu’un pour vous tendre la main et vous dire « viens, je vais t’aider ». Alors, les gens du Nord, surtout ne changez pas, c’est comme ça qu’on vous aime …
Les gens du Nord
Ont dans leurs yeux le bleu qui manqu' à leur décor.
Les gens du Nord
Ont dans le cœur le soleil qu'ils n'ont pas dehors.
Les gens du Nord
Ouvrent toujours leurs portes à ceux qui ont souffert.
Les gens du Nord
N'oublient pas qu'ils ont vécu des années d'enfer
Si leurs maisons sont alignées
C'est par souci d'égalité
Et les péniches
Pauvres ou riches
Portent le fruit de leurs efforts
Les gens du Nord
Courbent le dos lorsque le vent souffle très fort.
Les gens du Nord
Se lèvent tôt, car de là dépend tout leur sort.
A l'horizon de leur campagne
C'est le charbon qui est montagne,
Les rues des villes
Dorment tranquilles
La pluie tombant sur les pavés.
L'accordéon les fait danser
Et puis la bière les fait chanter
Et quand la fête
Tourne les têtes
On en voit deux se marier.
Les gens du Nord
Ont dans les yeux le bleu qui manqu' à leur décor.
Les gens du Nord
Ont dans le cœur le soleil qu'ils n'ont pas dehors.
Paroles: Jacques Demarny & Enrico Macias. Musique: Enrico Macias & Jean Claudric 1967
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